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Syndiquez-vous !

mercredi 25 septembre 2019

Voilà un petit livre qui montre avec enthousiasme combien le syndicalisme est utile à notre société et combien il répond à un besoin d’engagement collectif en donnant la possibilité à chacun « de faire bouger les choses de la vie vers plus de justice » ! Ecrit avec Claude Sérillon, le petit livre de Laurent Berger (secrétaire général de la CFDT) nous éclaire au travers de son parcours personnel et ses convictions sur le syndicalisme pratiqué par la CFDT qui lui permet d’être aujourd’hui la première organisation syndicale française. Un plaidoyer simple et vivant pour un syndicalisme qui prend ses racines dans le quotidien des travailleurs pour le transformer et le rendre plus vivable. En tout cas, loin du côté ringard et dépassé dans lequel certains voudraient l’enfermer définitivement...

Tombé dedans quand il était tout petit !

D’ordinaire discret, par pudeur certainement, sur son parcours personnel, Laurent Berger nous livre quelques clés personnelles sur son engagement à la CFDT et son parcours dans l’organisation. Il rend ainsi un hommage appuyé à ses parents eux-mêmes militants CFDT qui constituent, il le dit lui-même, « son terreau ».

Et puis, il y a les rencontres, les militants qui lui ont fait confiance alors qu’il était tout jeune militant ou déjà plus en responsabilité. Ainsi, il cite l‘ancien secrétaire de l’UL de St Nazaire, le secrétaire de l’URI Pays de la Loire qui lui a permis de lui succéder à cette fonction ou encore François Chérèque qui, après avoir beaucoup insisté, lui a demandé de lui succéder à la tête de la CFDT.

Et enfin et peut-être surtout, il y a les amis, eux-mêmes militants, avec qui il a progressé et qui « lui ont appris énormément ». Et pour montrer que le syndicalisme ce n’est pas triste, il rajoute « avec elles et eux, on s’est formés, on a fait mille chose concrètes, on a fait la fête aussi » et de conclure « être syndicaliste ce n’est pas une vie monacale ! se syndiquer c’est trop vécu comme un sacrifice, mais ce n’en est pas un ! ».

Le collectif plus que l’individuel !

Dénonçant la logique individualiste de certaines politiques gouvernementales, le secrétaire général de la CFDT plaide pour l’action collective qui permet en tenant compte des intérêts des uns et des autres de construire une société plus juste. « Agir ensemble, porter des revendications, c’est un équilibre entre l’individu et le collectif ». Cette tension entre l’individuel et le collectif traverse l’histoire du syndicalisme. Comme pour rassurer le sympathisant hésitant à se syndiquer, il affirme que « lorsqu’on adhère, on ne nie pas ses trajectoires personnelles, ses préoccupations, ses aspirations, on s’intéresse aussi à celles des autres, pour construire du commun ».

Face à la digitalisation, à la dématérialisation, le temps de la délibération, du débat, de l’échange humain est de plus en plus nécessaire. À ce titre, le syndicalisme est « un lieu de rencontre, de discussions, d’échange de faits, d’expériences où chacun apporte son témoignage », et il rajoute « c’est de la chaleur humaine ».
Laurent Berger revient plusieurs fois sur l’école que constitue le syndicalisme qu’il appelle « l’éducation populaire ».

Le syndicalisme « ce ne sont pas les manifs et la grève »

Même s’il avoue qu’il aime bien les manifs et que dans son enfance on ne ratait jamais un 1er mai, Laurent berger montre que la plupart du temps le syndicalisme ne se résume pas, comme certains l’affirment, aux manifs et la grève. Bien au contraire, il fustige les syndicalistes « qui balancent des slogans et ne sont pas capables de mettre trois idées derrière ». Il rejette l’image qui est trop souvent rendue par le syndicalisme lui-même, d’une machine à dire non, et à jamais proposer. On oublie trop souvent le travail quotidien de ces syndicalistes dans leur entreprise ou leur administration qui travaillent leurs dossiers, se basent sur la situation des salariés pour les défendre et cherchent à améliorer concrètement leur quotidien.

Pour lui, le patron n’est pas l’ennemi. Il faut comprendre sa logique, le reconnaître comme un interlocuteur, négocier. Et négocier c’est ce que le secrétaire de la CFDT aime avant tout. Pour cela, il faut travailler son sujet, un peu de malice, de sens tactique et avoir conscience du rapport de force pour savoir jusqu’où aller. Il souligne aussi toute la responsabilité qui incombe au négociateur qui ne doit jamais oublier ceux qu’il représente « tu dois être au top parce que tu représentes les travailleurs ».

Il a une vision apaisée des rapports sociaux en recherchant le compromis (ce qui n’est pas le consensus !), des accords « gagnants-gagnants » en rejetant toute forme de violence et en privilégiant la confrontation des idées et des logiques. Tout en considérant que la grève fait partie de l’arsenal syndical, celle-ci peut devenir un moyen d’action quand « il n’y a plus d’écoute, plus de dialogue, plus de respect ». Mais on peut trouver d’autres voies d’expression pour établir un rapport de force favorable. Il insiste sur le fait d’avoir un grand nombre d’adhésions qui est « un moyen d’avoir un meilleur rapport de force, tout autant que d’avoir des propositions constructives, efficaces ou de savoir avancer des arguments utiles ».

Des valeurs intangibles

S’adressant aux jeunes, Laurent Berger affirme : « Ne sacrifiez jamais rien au sens. Demandez du sens dans tout ce que vous accomplirez ». La CFDT c’est beaucoup de diversité, de champs professionnels, de territoires, de conditions individuelles différentes mais un fond de valeurs communes qui sont intangibles. C’est d’abord l’émancipation individuelle et collective des travailleurs qui peuvent prendre part aux décisions et aux choix qui les concernent. C’est aussi la démocratie, la justice sociale avec la réduction des inégalités et la défense des droits de l’homme.

C’est aussi la conviction que le syndicalisme procède et participe à l’intérêt général. Pas simplement l’intérêt de ses mandants comme le pensent d’autres syndicats ou encore certains acteurs politiques y compris au sommet de l’État. C’est ce qui fait qu’au-delà des revendications dites classiques du syndicalisme (salaires, conditions de travail, etc.) la CFDT s’est alliée avec d’autres organisations pour proposer le Pacte du pouvoir de vivre.

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire sur ce petit livre d’un peu plus de cent pages qui se lit facilement et qui est finalement un concentré de ce qu’est et représente la CFDT aujourd’hui. Les adhérents et militants CFDT s’y retrouveront facilement tant ce qui est dit constitue leur ADN. Ceux qui, intéressés par l’action de la CFDT, comprendront mieux le sens et les modes d’action de cette organisation. Les observateurs, intellectuels, politiques auront des clés supplémentaires pour décrypter ce qui fait la spécificité propre d’une organisation et de son secrétaire général qui ont pris une place si centrale dans la société et donnent une image positive du syndicalisme.

À lire avec plaisir.


Source

  • « Syndiquez-vous ! » publié aux éditions du cherche midi