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Les conditions de travail se sont-elles améliorées ces 20 dernières années ?

mercredi 2 octobre 2019

L’enquête Sumer sur les expositions des salariés aux risques professionnels est renouvelée tous les 7 ans depuis 1994 et elle est pilotée par le ministère du Travail. Les résultats de l’édition 2017, établis à partir de questionnaires menés par des médecins du travail auprès de 26 500 salariés pendant plus d’un an, offrent des résultats contrastés. Plus de 1,8 million de personnes restent exposées à au moins un produit cancérogène. Si les expositions à certaines contraintes physiques ont diminué à l’exception du bruit, l’intensité du travail est toujours élevée. Après un pic en 2010, le signalement de comportements hostiles revient en 2017 au niveau de 2003, tandis que la tension au travail se stabilise à un niveau élevé et que les écarts entre salariés se creusent concernant le manque de reconnaissance au travail. Afin de lutter contre l’ensemble de ces expositions, près d’un salarié sur deux est couvert par des pratiques formalisées de prévention des risques professionnels.

Une population de salariés et des fonctions au travail qui ont beaucoup évolué entre 1994 et 2017

  • La structure de la population salariée : on observe une augmentation de la part des cadres et professions intellectuelles supérieures (passant de 12 % à 17 %) et des employés de commerce et de services (de 15 % à 22 %), tandis que les ouvriers non qualifiés sont moins nombreux (de 16 % à 10 %). Le secteur de l’industrie connait une baisse importante sur les 20 dernières années (de 26 % à 17 %). La part du secteur agricole a été divisée par 3 depuis 1994 (2 % des salariés en 2017). Ce secteur agricole voit la part des ouvriers baisser (- 12 points) et celle des ouvriers non qualifiés augmenter (+ 19 points).
  • Les fonctions principales exercées par les salariés : des changements concernent la « production, fabrication, chantier, installation », qui diminue progressivement allant de 27 % en 1994 à 24 % en 2003, 22 % en 2010 à 19 % en 2017, soit -8 points en 20 ans. La « gestion, compatibilité, fonction administrative » diminue de 4 points entre 1994 et 2017 (de 11 % à 7 %). L’externalisation de la maintenance pourrait expliquer en partie la baisse de ces salariés dans le secteur industriel (de 33 % en 1994 à 26 % en 2017) au profit des secteurs de la construction (+6 points) et du tertiaire (+5 points).

L’enquête de 2017 constate des évolutions contrastées dans les contraintes physiques

Certaines contraintes physiques (manutention manuelle de charges, travail répétitif à cadence élevée, station debout ou piétinement prolongé) ont diminué depuis 1994 sauf dans l’agriculture Les évolutions techniques, avec des aides mécanisées de plus en plus adaptées aux tâches à réaliser, contribuent largement à cette diminution qui s’observe également pour les durées d’exposition longues, tout comme la baisse du travail répétitif.

Des points négatifs pour :

  • Les contraintes physiques courtes, elles augmentent de 14 points pour des durées de 2 à 10 heures par semaine. Les expositions longues ont donc reculé au profit de durées plus courtes, conséquence probable d’une pratique plus fréquente de l’alternance des postes.
  • Les expositions aux vibrations des membres supérieurs (liées à l’utilisation de certains outils comme les tronçonneuses, marteaux-piqueurs, clés à choc…) sont en faible hausse sur la période, de 9 % en 1994 à 11 % en 2017, avec toutefois un léger repli entre 2010 et 2017. Cette exposition se retrouve surtout dans la construction (55 %).
  • Une nouvelle question a été intégrée en 2010 sur les postures forcées d’une ou plusieurs articulations. Cette contrainte posturale concerne 19 % des salariés en 2017, avec une augmentation importante depuis 2010 pour les ouvriers (+5 points), plus marquée notamment dans le secteur de l’agriculture (+16 points).
  • La part des salariés concernés par des nuisances sonores est en hausse dans tous les secteurs entre 1994 et 2017 : plus d’un tiers des salariés est concernés, dont 68 % des ouvriers qualifiés, voire la construction (de 46 % en 1994 à 65 % en 2017), sauf dans l’agriculture qui connait une baisse de 10 points.

Pour l’exposition aux agents chimiques, ils sont en baisse dans l’agriculture et dans l’industrie, mais en hausse dans les services
Un tiers des salariés du privé est toujours exposé à au moins un agent chimique et 15 % sont exposés à au moins 3 produits chimiques. Les expositions aux produits chimiques (carburant, fumée de soudage, huiles synthétiques, ciment…) diminuent lentement : baisse de 15 points d’exposition chez les agriculteurs, de 6 points dans l’industrie. Les salariés des services sont davantage exposés (+4 points) en raison du développement des professions autour du nettoyage et du ménage.

  • Les expositions aux produits chimiques cancérogènes concernent toujours plus de 10 % des salariés : les salariés les plus touchés sont ceux de la construction (31 %) et les ouvriers qualifiés (30 %).
  • Les expositions aux risques biologiques sont en hausse (19 % des salariés). Cette augmentation s’explique en partie par une meilleure évaluation du risque biologique après la pandémie grippale survenue en 2009 (secteur de l’agriculture, des salariés « aides-soignants, aides à domicile… »).

Une augmentation essentielle des risques psychosociaux au travail par une intensité du travail élevée, une quantité de travail excessive

Un tiers des salariés subit toujours au moins 3 contraintes de rythme d’origine marchande ou de rythme dues à la machine soit 4 points de plus qu’en 1994.

  • Diminution dans l’agriculture mais augmentation dans l’industrie, la construction, et le tertiaire (+6 points). L’augmentation est plus importante chez les ouvriers qualifiés (+9 points) et chez les cadres (+8 points).
  • Plus d’un salarié sur deux (56 %) a un rythme de travail imposé par une demande extérieure l’obligeant à une réponse immédiate et 30 % déclarent ne pas disposer du temps nécessaire pour faire correctement leur travail.
  • La proportion de salariés en situation de tension au travail, c’est-à-dire connaissant une forte charge psychologique combinée à une faible latitude décisionnelle, est aussi élevée qu’en 2010 (32 %).

Des évolutions favorables sont constatées comme la diminution des agressions avec le public et les comportements hostiles

71 % des salariés déclarent travailler avec le public de vive voix ou par téléphone en 2017, soit un niveau équivalent à celui de 2003. En 2017, parmi les salariés en contact avec le public, 15 % ont déclaré au moins une agression verbale du public ces 12 derniers mois, une proportion relativement stable par rapport à 2010.

Près d’un salarié sur deux est couvert par un comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) ou assimilé au niveau de l’établissement.

Ce chiffre est en hausse de 4 points par rapport à 2010. En 2017, près de 60 % des salariés disposent dans leur établissement d’un document unique d’évaluation des risques (DUER), dont plus des deux tiers ont été élaborés ou mis à jour au cours des 12 derniers mois. Ces dispositifs de prévention sont plus importants lorsqu’il y a un CHSCT. Et 38 % des établissements ont recouru en 2017 à des intervenants extérieurs en matière de prévention des risques professionnels, soit 8 points de plus qu’en 2010. Cette hausse touche toutes les tailles d’établissement, y compris ceux de moins de 10 salariés.

Ces résultats contradictoires interpellent les médecins du travail, qui ont prévu plusieurs journées de réflexion pour mieux comprendre le décalage entre les données chiffrées et les constats cliniques, d’autant plus que 9 salariés sur 10 se déclarent satisfaits dans l’ensemble de leur travail. Cela veut-il dire satisfaction d’avoir un travail ou satisfaction de leurs conditions de travail ?




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