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Dans les entreprises, quel rôle joue la naissance des enfants dans les inégalités salariales entre femmes et hommes ?

mercredi 6 mars 2019

L’INSEE poursuit ses enquêtes statistiques sur les inégalités entre les femmes et les hommes dans les entreprises. Dans sa dernière enquête, sur l’année 2015, l’accent est mis sur la place des enfants sur les évolutions professionnelles des hommes et des femmes. De manière générale, au sein de la même entreprise, la naissance d’un enfant coïncide avec une baisse de salaire chez les mères, mais pas chez les pères.

Le salaire des femmes reste 18 % inférieur à celui des hommes

Malgré les hausses tendancielles de leurs niveaux d’éducation et d’expérience professionnelle, les femmes salariées du secteur privé gagnent en moyenne, en 2015, 18 % de moins que les hommes en équivalent temps plein. Après que les différences d’expériences, d’éducation, de catégorie socio-professionnelle soient neutralisées, plus de la moitié de cet écart de 18 % demeure. Pour les chercheurs, deux types de mécanismes expliquent ce phénomène. D’une part, la diversité des politiques de rémunération des entreprises et, d’autre part, l’impact différencié des naissances des enfants sur les carrières professionnelles des femmes et des hommes.
L’étude de l’INSSE se consacre à l’interaction entre ces mécanismes et la naissance des enfants. De manière générale, au sein de la même entreprise, la naissance d’un enfant coïncide avec une baisse de salaire chez les mères, mais pas chez les pères.

Un écart de salaire bien plus élevé entre mères et pères qu’entre non-parents

Les écarts de salaire entre femmes et hommes augmentent nettement au cours de leur vie et cachent de fortes disparités selon l’âge. Les femmes gagnent environ 6 % de moins que les hommes à 25 ans, alors qu’elles viennent de sortir de l’université ou de l’école professionnelle, 13 % à 35 ans et 20 % à 45 ans. C’est là que compte la naissance des enfants.
Car cette évolution est, pour l’essentiel, due à l’accroissement des écarts entre mères et pères : les mères gagnent 11 % de moins que les pères à 25 ans mais 25 % de moins à 45 ans, alors que l’écart de salaire entre sexes chez les salariés sans enfant se maintient autour de 7 % à tout âge. Tous âges confondus, l’écart de salaire entre pères et mères est de 23 %.
À ces désavantages financiers immédiats, s’ajoutent au fil de la carrière des divergences de choix d’employeurs et/ou d’opportunités professionnelles (mobilités, promotions, etc.) entre mères et pères. Ainsi, le désavantage salarial lié à la maternité s’accroît dans les années suivant les naissances.

Dans une même entreprise des répartitions salariales inégales selon le sexe

L’enquête mesure aussi les inégalités de salaire entre salariés dans une même entreprise. Ces écarts systématiques entre femmes et hommes salariés pourraient correspondre à une différence de pouvoir de négociation entre les femmes et les hommes dans le partage de la richesse produite par l’entreprise. On constate une plus forte présence des hommes aux postes les mieux rémunérés. Ce qui relance le débat sur la mixité des postes et en particulier aux plus hauts niveaux. L’enquête n’écarte pas non plus des comportements discriminatoires observés dans d’autres études.

Le moment des naissances et la ségrégation arrive

Les écarts de revenus entre femmes et hommes se creusent près de cinq ans après la naissance du premier enfant et trois ans après la naissance du deuxième enfant. Les caractéristiques des entreprises qui emploient des mères et des pères évoluent au cours de la vie familiale. Ceci peut être dû aux choix des mères, qui recherchent des conditions de travail leur permettant de concilier vies professionnelle et familiale, ce que ne leur offrent pas forcément des entreprises à plus hauts salaires et qui changent donc d’entreprises. Ceci peut aussi provenir du fait que les entreprises versant les plus hautes rémunérations sont réticentes à embaucher ou à retenir les femmes lorsqu’elles ont des enfants.

Des choix des mères liés au domicile et offrant une flexibilité horaire, mais avec moins d’opportunités salariales

Tout d’abord, les mères travaillent de plus en plus souvent, relativement aux pères, dans des entreprises offrant des horaires flexibles, notamment dans celles où le temps partiel est développé. Même avant la naissance, le taux de collègues à temps partiel approche les 20 % pour les femmes, contre 14 % pour les hommes. L’écart augmente après la naissance, la rupture de tendance étant marquée pour les parents de deux enfants ou plus. En outre, après la naissance des enfants, les mères travaillent de plus en plus souvent à proximité de leur domicile et, peut-être, près des lieux de garde, des écoles et des activités des enfants.

En conclusion, ces conditions permettent de concilier vie familiale et vie professionnelle mais peuvent aussi imposer des contraintes supplémentaires pour les mères, réduisant ainsi leurs marges de négociation avec les employeurs et leurs opportunités salariales.

Les enquêtes se suivent et se ressemblent. Elles vont dans le même sens : la persistance d’inégalités salariales liées à la naissance des enfants et aux méthodes discriminatoires des entreprises. Une véritable politique doit être conduite pour changer et améliorer cette situation et en premier lieu dans les entreprises. Du travail concret pour les sections syndicales et les IRP.

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